Introduction
L'addiction au sport
Dans sa conception, la poursuite d’une activité physique (initialement la course à pied, mais par extrapolation on peut inclure la plupart des pratiques sportives) devient addiction par dépassement d’un effet seuil d’ennui, de fatigue, de lassitude. Parmi les facteurs qui renforcent le côté « addictogène » de la pratique sportive ont rencontre des classiques – la libération de l’endorphine et le bien-être lié à cette libération (phénomène souvent décrit chez les coureurs de fond et les marathoniens), l’augmentation d’une forte estime de soi (prise de conscience de ses capacités physiques et d’endurance, le constat des modifications corporelles qui implique aussi la description d’une composante dysmorphophobique récurrente chez les body-builders), et pas en dernier l’apparition ou le développement d’une véritable compulsion.
Il est souvent constaté que beaucoup de pratiquants addictés aux sports, ont souvent abandonnés une addiction considérée comme négatives (pour la plupart une forte dépendance tabagique, l’alcool ou la consommation des drogues). Ainsi, on voit des post-cures qui centrent leurs projets thérapeutiques sur la pratique sportive (en France le Château de Thianty).
Ainsi, les personnes que nous avons rencontrées décrivent des changements majeurs : vestimentaires, alimentaires, dans leur mode de vie, dans les loisirs (qui deviennent quasiment liés à la pratique sportive – fréquentation des manifestations sportives, des salons..), le choix d’un partenaire souvent issu du même milieu pratiquant. L’entraînement devient un véritable rituel pour le sportif. Toute sa journée est organisée et économisée en vue de l’entraînement. La vertu de l’exercice régulier est de transformer son corps : cet exercice rituel augmente le degré de la résistance et de l’endurance de la structure corporelle aux répétitions successives.
L’analyse d’Alexander démontre que la société de consommation détruit les valeurs de base de la famille et la cohésion entre les cellules sociales des sociétés traditionnelles, d’où l’apparition de la désorganisation. Afin de trouver une meilleure intégration et de mieux accepter les contraintes quotidiennes, les personnes désorganisées cherchent des identités transitoires. Ainsi, l’apparition et le maintien de l’addiction représente une forme d’adaptation aux conditions difficiles de vie, aux stress et sollicitations diverses.
La centration sur les substances psychoactives (héroïne, alcool, cocaïne, cannabis…), ou sur les addictions « silencieuses » comportementales (jeu pathologique, addiction sexuelles, cyberdépendance, ergomanie, sport) sont des manières adaptatives en rapport avec le culte de la performance, aux sollicitations compétitives, au syndrome de burn-out, aux épuisements et insatisfactions récurrentes. Le concept de l’insuffisance ou des défaillances de l’intégration (partielle ou complète) joue un rôle important dans l’installation de l’addiction ; face au stress, certains usagers vont utiliser un produit – dans notre cas la pratique sportive – de manière plus ou moins adaptée.